Convertir ses achats en empreinte carbone

Rémy Bourganel

Les citoyens veulent de plus en plus s’engager dans la lutte pour la réduction de leur empreinte carbone mais ils ne savent pas vraiment mesurer l’impact de leurs comportements.

Accompagner un changement de comportement par le numérique, pour conduire à un changement de l’économie

Rémy Bourganel

QUI EST CONCERNE ?

L’ensemble des citoyens utilisant une carte bancaire pour effectuer leurs achats.

 

Les banques susceptibles de proposer ce service à leurs clients ainsi que les investisseurs potentiels souhaitant investir dans le développement de ce type de service.

 

Dans un second temps, les entreprises produisant des produits et services, afin d’afficher l’empreinte carbone précise et détaillée de chacun de leurs produits pour affiner le calcul du bilan carbone des achats réalisés par les citoyens.

MON IDEE

Prendre conscience de l’impact de ses achats et donc, comprendre de quelle manière et avec quels comportements de consommateur on peut avoir un meilleur impact sur son propre bilan carbone. Comprendre par exemple que le jean a une empreinte carbone catastrophique et savoir qu’il existe des jeans plus équitables.

 

Cela se traduit par l’utilisation d’une carte de crédit qui convertit les achats en empreinte carbone, avec un index carbone correspondant à chaque produit ou service utilisé et aide à atteindre un objectif de réduction et peut bloquer les achats une fois un seuil dépassé.

 

Cet index carbone pourrait notamment être intégré dans tous les services numériques pour inciter les gens à changer de comportement, jusqu’à dans les plateformes numériques. 

 

Ainsi, ce service de carte bancaire « écologique » permet d’augmenter la capacité de perception de mes comportements, de réflexion sur les leviers d’action et un accompagnement dans le changement de comportement de chaque individu, de façon concrète. C’est l’illustration parfaite de la manière dont le numérique peut aider et accélérer la transition écologique.

COMMENT CA FONCTIONNE ?

Ce service existe déjà aujourd’hui en Suède. Il s’agit d’une carte bancaire « écologique » développée par la société Doconomy.

Créée en 2018, une version bêta de l’application a été testée fin 2019 par environ 200 utilisateurs et la carte bancaire devrait être mise en circulation en mai 2020. Le système « DO » se limite pour le moment à la Suède, le concept devrait être étendu prochainement à deux autres pays européens. D’ici 2025, la start-up veut toucher 500 millions de personnes dans le monde et réduire les émissions de CO² d’un milliard de tonnes.

Pour mesurer ces émissions, Doconomy utilise le premier indice de calcul automatique des émissions carbones mis au point en 2016 par la Bank of Åland.

 

La carte de base propose de faire un bilan carbone des achats effectués avec elle et de le montrer au possesseur pour le responsabiliser. C’est une manière de se rendre compte de l’empreinte réelle des objets que l’on achète, des habits aux produits technologiques en passant par les biens de consommation courante comme les fruits et les légumes.

 

La carte dite « black » va plus loin : elle présente une carte capable de bloquer les transactions quand le crédit carbone de l’utilisateur est dépassé. Avec, en prime, des solutions pour compenser ses émissions : investir dans des entreprises qui œuvrent pour un commerce plus durable ou dans des fonds qui œuvrent pour la planète. La carte en elle-même est conçue en produit recyclé et propose une option de livret qui rapporte de l’argent en garantissant de financer l’économie responsable.

 

Dotée d’un fonds initial d’un million d’euros, apporté par les fondateurs et la Bank of Åland, la start up compte Mastercard parmi ses investisseurs et lors de la COP25 de Madrid, les banques Nordea et Bank of West, filiale américaine de BNP-Paribas, ont annoncé devenir partenaires.

A terme, Doconomy se financera sur les commissions prélevées sur les cartes bancaires et les comptes d’épargne. La souscription à l’application et au service « black » (service premium) coûtera environ 5 euros par mois. 

Pour diversifier son activité, la start-up vient également d’attaquer le marché B to B en proposant, aux banques et aux organismes de paiement, un accès informatique à ses évaluations de CO², que ceux-ci pourront proposer en retour à leurs clients.

 

On pourrait aussi imaginer, en complément de ces offres, d’avoir la possibilité d’être accompagné pour réduire son impact carbone grâce à du coaching : valable pour les particuliers et les entreprises (faire moins de trajets en avion, et voir l’impact que peuvent avoir les réunions Zoom à la place par exemple).

POUR ALLER PLUS LOIN

Aujourd’hui, l’indice de calcul mis au point par la Bank of Åland et utilisé par Doconomy ne permet que des conversions génériques par catégorie pour établir le bilan carbone d’un achat.

Quand on achète une paire de baskets par exemple, c’est la catégorie “paire de baskets” qui a un équivalent carbone mais il peut y avoir des différences substantielles d’une paire de baskets à l’autre. Les fabricants de baskets ne publient pas l’empreinte carbone de leurs produits alors qu’ils les connaissent pour chacun de leurs modèles. 

Il s’agit une première version. Un modèle plus fin et plus précis reste donc à développer à ce jour pour affiner et préciser le bilan carbone pour chaque individu et la possibilité d’avoir une empreinte carbone exacte pour chaque produit.

Si demain il existe une économie du carbone basée sur ce modèle cela pourrait encourager de plus en plus les entreprises à rendre public les empreintes de leurs produits, surtout si cela peut les avantager vis à vis de leurs concurrents et ainsi créer un effet vertueux.

LES RAISONS D'Y CROIRE

...

Les citoyens veulent s’engager, mais restent en demande de leviers d’action.

La technologie permet aujourd’hui de protéger les données car il existe des plateformes qui permettent de garantir l'anonymat des utilisateurs.

BIO

Remy BOURGANEL est chercheur, enseignant en metadesign et directeur transformation. Designer de formation, il s'intéresse aux moyens du digital pour augmenter nos capacités de perception, de réflexivité et d’action. Après un parcours dans plusieurs entreprises internationales de télécommunications à explorer les usages émergents des nouvelles technologies et piloter la création de nouveaux produits, il accompagne aujourd'hui les organisations qui veulent co-construire les écosystèmes de demain. Cet ancien élève des Arts-Déco et de Cambridge souhaite ainsi valoriser le design comme moyen de médiation et d’engagement de tous au service d'une transformation systémique.

copyleft 2020 par CQFD - Ce Qu'il Faut Développer.

Incubé-Infusé à l'Institut des Futurs souhaitables

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