Convertir les villes à la "Donut Economy"

Rémy Bourganel

D'ici 2050, selon l'ONU, pratiquement 7 personnes sur 10 (68%) vivront en milieu urbain contre à peine plus d'un sur deux (55%) actuellement. La ville, considérée par beaucoup comme étant non-résiliente (fonctionnant avec des énergies qui ne seront plus disponibles demain par exemple), est donc un sujet majeur aujourd’hui.

Si l’on veut que la ville se transforme correctement, en mettant par exemple la priorité sur les besoins élémentaires des citoyens, comme l’accès à l’eau, à l’éducation et à la santé, tout en respectant les besoins de la planète, il faut prendre le sujet en main dès à présent et créer les bonnes conditions pour un débat équilibré.

Par ailleurs, les économistes nous l’ont dit et redit : au-delà d’environ 60k de revenus, il n’y a pas d’augmentation de joie de vivre, ni de sens, ni de meilleure santé, ni de meilleure éducation pour les enfants. La question de la prospérité consiste à revisiter ce qui fait qu’on a du plaisir.

Adopter une logique de co-conception du développement des villes, en utilisant un nouveau modèle, celui de la Donut Economy, comme outil de médiation pour un débat citoyen équilibré.

Rémy Bourganel

MON IDEE

Il faut utiliser le modèle de la Donut Economy comme l’outil de médiation pour un débat citoyen équilibré et arriver ainsi à définir les axes de développement à prioriser.

Le modèle de la Donut Economy, développé par l’économiste Kate Raworth, s’appuie sur 3 idées : favoriser la prospérité (en tant qu’alternative à la croissance), l’équité et la résilience.

Son objectif : repenser l’économie en respectant le plancher social (répondre aux besoins humains de base) et le plafond environnemental. Au sein de la forme du Donut se trouve l’espace sûr et juste pour l’humanité, dans lequel peut prospérer une économie inclusive et durable.

QUI EST CONCERNE ?

Le but est d’avoir une représentativité qui permet de provoquer les arbitrages les plus équilibrés possibles.

Pour cela, si les citoyens participent à l’émergence d’un débat, les villes, les entreprises, et les ONG doivent participer à la mise en œuvre des solutions.

 

Il faut pouvoir sortir de l’opposition entre:

- les politiques, qui ont un agenda à court terme, 

- et les citoyens, qui aspirent à des solutions durables.

 

De grandes villes européennes pourraient être porteuses de cette nouvelle façon de réfléchir à leur développement, et certaines sont déjà engagées sur ce chemin : Paris, Grenoble, Amsterdam...

COMMENT CA FONCTIONNE ?

Le modèle du Donut oblige à “penser système”, son usage permettrait de provoquer un débat équilibré tenant compte des interconnexions et des interdépendances des enjeux. 

  • Prérequis : créer une plateforme citoyenne pour mettre en œuvre concrètement les conditions d’un bon débat, permettre un débat permanent avec les citoyens, et faire avancer les décisions dans le bon sens. Il faut qu’on s’éloigne du modèle de la figure incarnée, très verticale, sachante, qui demande simplement l’adhésion à des propositions préétablies. Un citoyen “co-fondateur” plutôt que “valideur”. Or aujourd’hui il n’existe pas encore ce nouveau cadre que Bruno Latour appelle de ses vœux quand il nous invite à atterrir. Il s’agit d’un cadre qui structurerait le débat entre les différents acteurs. Une plateforme numérique citoyenne pourrait être un endroit où l’on cuisinerait ensemble les donuts de demain.

  • Attitude : adopter une démarche d’expérimentation. La culture du laboratoire est essentielle pour que l’État réussisse mieux dans ses projets, parce que celui-ci a des idées, mais ne sait pas toujours bien s’y prendre.

  • Outil: organiser le dialogue permanent avec les élus en utilisant le modèle du Donut, pour organiser les débats et procéder aux arbitrages sur tous les projets d’une ville, pour procéder aux arbitrages sur tous les projets d’une ville.

  • Mesurer : autre chose que le PIB, en privilégiant les indicateurs de bonheur, de confiance dans les représentants politiques, ou de résilience (comme la qualité de l'air ou des emplois par exemple).

POUR ALLER PLUS LOIN

“On aura réussi si...” les citoyens se sentent engagés (grâce aux conditions du débat, versus un homme politique qui fait valider ses décisions ; quand un politique vient avec des résolutions et demande aux citoyens de voter, finalement les citoyens se sentent peu engagés).

LES RAISONS D'Y CROIRE

...

Ce modèle a le mérite d’engager la conversation avec les citoyens de manière concrète et réaliste, il projette les imaginaires davantage que les autres modèles. 

Si vous parlez de résilience à votre voisin ou votre voisine, ils ne vont pas se sentir concernés. Mais si vous leur proposez de co-construire une ville qui développe une économie prospère de façon éthique et durable, avec une constante de thématiques intelligibles, alors des scénarios désirables et résilients commenceront à émerger .

Des entreprises envisagent de se servir du modèle du Donut pour transformer leur propre industrie. Certaines villes enfin se sont engagées dans ce type de processus :

  • Grenoble commence à réfléchir à une stratégie de résilience qui couvre ces questions là (sans utiliser nécessairement ce modèle spécifique, mais toutes les questions du modèle sont couvertes) 

  • Paris d’une certaine façon a commencé puisqu’elle fait partie du programme des 100 villes résilientes. Elle connaît forcément ces dimensions là, sans nécessairement faire référence au Donut 

  • Amsterdam a annoncé le 8 avril 2020 un plan de relance inspiré de la théorie du Donut. Selon Dutch News : “Kate Raworth a dressé pour la municipalité un inventaire des domaines qui étaient sous-approvisionnés par rapport à la logique de son donut. À partir de cela, un certain nombre de mesures devraient être prises en vue d’atteindre une économie totalement circulaire d’ici à 2050. Le plan inclut “des changements dans le traitement des déchets domestiques par la ville, des efforts pour contrer le gaspillage alimentaire, des constructions plus durables et une attention particulière portée à la réutilisation des produits non nécessaires”. La ville doit aussi travailler en collaboration avec des entreprises et des instituts de recherche sur plus de 200 projets qui contribuent à l’économie circulaire.”

BIO

Remy BOURGANEL est chercheur, enseignant en metadesign et directeur transformation. Designer de formation, il s'intéresse aux moyens du digital pour augmenter nos capacités de perception, de réflexivité et d’action. 

Après un parcours dans plusieurs entreprises internationales de télécommunications à explorer les usages émergents des nouvelles technologies et piloter la création de nouveaux produits, il accompagne aujourd'hui les organisations qui veulent co-construire les écosystèmes de demain.

Cet ancien élève des Arts-Déco et de Cambridge souhaite ainsi valoriser le design comme moyen de médiation et d’engagement de tous au service d'une transformation systémique.

copyleft 2020 par CQFD - Ce Qu'il Faut Développer.

Incubé-Infusé à l'Institut des Futurs souhaitables

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