Régies agricoles bio :
de la restauration collective au développement de l’autosuffisance alimentaire de la ville

Isabelle Delannoy

La Loi Alimentation votée en 2018 prévoit d’introduire 50% de produits de qualité et durables dont au moins 20% de produits biologiques dans les cantines scolaires d’ici 2022. Bien qu’une majorité de parents réclame cette mutation, pour l’instant la situation est loin de ces objectifs.

Si 8 établissements sur 10 ont utilisé des produits issus de l’agriculture biologique en 2017, la part de ces produits n’a représenté que 4,5% des achats alimentaires, selon l’Agence Bio.

 

Plus généralement, l’approvisionnement de la restauration collective se pose de façon prioritaire car si l’on peut comprendre que chacun soit libre de choisir de consommer des produits plus ou moins sains, il est plus discutable que l’offre en matière de restauration collective ne permette pas ce choix et ne soit pas, par défaut, issue de l’agriculture biologique.

 

De façon plus globale encore, le défi de permettre à chaque habitant d’un territoire, quels que soient ses revenus, de se nourrir sainement en prenant soin de l’environnement, tout en préservant des espaces nourriciers pour les générations futures reste encore très largement à relever !

Le choix d’une alimentation plus saine n’est pas toujours plus cher pour la collectivité quand il est organisé localement de manière intelligente en limitant le gaspillage.

Isabelle Delannoy

MON IDEE

Partir d’un besoin social identifié sur un territoire, l’approvisionnement des cantines scolaires en produits bio, pour ancrer un projet plus vaste, aboutissant à l’autonomie alimentaire de la ville.

La création d’une Régie agricole bio permet d’atteindre progressivement ce résultat, tout en favorisant également :

  • L’éducation de la population et le changement de ses habitudes alimentaires

  • La création de lien social

  • Le développement de filières locales de transformation et de distribution de produits alimentaires

  • La création d’emplois locaux, l’utilisation et la valorisation du savoir-faire local

Outre l’approvisionnement des cantines scolaires en produits issus à 100% de l’agriculture biologique, ce projet vise également un approvisionnement de proximité, des produits de saison frais et peu transformés, des emballages réduits, le choix de variétés locales pour favoriser la biodiversité et des menus équilibrés.

QUI EST CONCERNE ?

Les collectivités locales et leurs élus, souhaitant effectuer une transition vers une alimentation plus saine et vers une plus grande autonomie alimentaire.

Les acteurs d’un territoire, qu’ils soient agriculteurs, acteurs des filières de transformation locales (boulangeries, conserveries, etc.), parents d’élèves ou encore citoyens ayant envie de convaincre leurs élus de lancer une expérimentation de ce type. 

 

Les investisseurs, qu’ils soient individuels ou institutionnels, voulant soutenir financièrement ces initiatives.

COMMENT CA FONCTIONNE ?

Le plus simple est de repartir de l’exemple concret de Mouans-Sartoux, une commune de 10.000 habitants, qui a créé une Régie Agricole dédiée à l’approvisionnement des cantines scolaires, qui servent depuis 2012, des plats 100% biologiques, sans intrant chimique. 

 

Pour cela, la collectivité a mis à disposition des terres agricoles à des agriculteurs bio dont la production devait alimenter les cantines scolaires. Les approvisionnements sont majoritairement locaux et 85% des légumes proviennent de la Régie agricole de Haute-Combe, un ancien domaine de 4 ha acheté aux portes de la ville où trois agriculteurs recrutés sous statut municipal conduisent les cultures.

 

Le bond qualitatif d’une alimentation bio et locale s’est effectué sans surcoût grâce notamment aux économies dues à une baisse très importante du gaspillage alimentaire.

 

Pour réduire ce gaspillage, la méthode peut sembler évidente mais en pratique cela a demandé de revoir l’organisation de la préparation et de la distribution des repas : chaque élève choisit sa propre portion et peut obtenir du « rab » à volonté.

Les pommes et les oranges sont coupées en petits quartiers, eux aussi en service à volonté. Chacun consomme ce qu’il sait qu’il va manger. 

Une partie des repas étant préparée « en direct », la quantité de nourriture cuisinée est également plus facilement adaptée à la demande des enfants. 

Par ailleurs, la commune s’engage à réduire la part de viande dans la consommation également pour des questions écologiques.

Le système fonctionne sur la responsabilisation des élèves, ce qui d’un point de vue pédagogique constitue un bénéfice complémentaire.

 

L’initiative a ensuite évolué pour permettre de répondre à d’autres besoins identifiés au cours de la mise en œuvre : lutte contre le gaspillage alimentaire, développement de filières de transformation pour permettre un approvisionnement tout au long de l’année (légumerie, conserverie), etc.

 

Cinq éléments clés ont permis la réussite de ce projet de Régie agricole :

  • La dimension locale, qui permet d’embarquer les acteurs du territoire

  • L’autonomie décisionnelle : pas besoin d’attendre l’aval et l’action des Pouvoirs publics régaliens pour mettre en œuvre l’idée

  • L’accès à l’épargne mutualisée : les investisseurs sont en effet les acteurs même de la Régie et ils récoltent directement et durablement les fruits de leurs investissements

  • La structuration du projet par la collectivité afin d’assurer sa cohérence et l’intégration des différents acteurs et initiatives

  • Le caractère évolutif du projet d’approvisionnement en bio : des cantines scolaires au développement de l’autosuffisance alimentaire de la ville, pour finir par le développement de la recherche autour des conditions de reproduction et d’application de cette expérience à d’autres territoires

LES RAISONS D'Y CROIRE

...

La raison principale d’y croire est tout simplement que cela donne des très bons résultats ! En effet, aujourd’hui :

  • Mouans-Sartoux est devenue autonome à 80% en légumes produits localement et en bio

  • Les pratiques alimentaires des familles ont évolué, pour 87% d’entre elles vers plus de durabilité

  • Le gaspillage alimentaire dans les cantines s’est réduit spectaculairement : de 40 kg, la moyenne mensuelle de déchets générés à chaque repas est passée à 10kg. De plus, ces déchets sont directement triés dans des poubelles adaptées ce qui permet de réaliser des économies finançant le surcoût des produits bio

  • 97% des parents sont satisfaits de ce dispositif

POUR ALLER PLUS LOIN

Les agriculteurs français sont-ils capables de répondre à l’évolution de la demande en produits bio ?

Pour la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB), les ressources françaises sont suffisantes : 400.000 hectares de terre seraient suffisants pour produire les 20% de produits bio pour les 3 milliards de repas servis annuellement aux élèves français dans les cantines. Fin 2017, 1,745 million d’hectares étaient engagés en bio selon l’Agence Bio.

 

Le projet MEAD (Maison d’Éducation à l’Alimentation Durable) de Mouans-Sartoux 

(https://mead-mouans-sartoux.fr

 

Un projet de Régie agricole pilote voir le jour afin d’atteindre le 100% bio dans l’approvisionnement des cantines scolaires en 2012. La mutation s’opère en quelques années : la proportion de bio était de 25% en 2009 puis 50% en 2010 avant d’arriver à 100% au 1er janvier 2012.

 

En 2016, la municipalité créé la MEAD (Maison d’Éducation à l’Alimentation Durable) afin des structurer les différentes initiatives de promotion de l’alimentation durable autour de 5 piliers :

  • Cultiver : acquisition de 6 hectares par la Mairie pour fournir la restauration collective de la ville

  • Transformer : construction d’un atelier de transformation pour permettre aux agriculteurs locaux de diversifier et valoriser leur production

  • Éduquer : sensibilisation de différents publics – écoliers, élus locaux, agents territoriaux, techniciens de collectivité, par des visites du domaine, des ateliers de cuisine et de nutrition, des séances de découverte de l’agronomie

  • Développer la Recherche : création d’un lieu d’accueil et d’échanges au croisement de plusieurs disciplines : droit à l’alimentation, sociologie, agronomie, innovation durable et entrepreneuriat afin de favoriser les synergies et enclencher un processus de recherche et d’innovation dynamique. Un diplôme universitaire intitulé « Chef de projet en alimentation durable » a été inauguré en 2018 pour former des experts pour accompagner les villes dans leur transition vers davantage d’autosuffisance alimentaire

  • Essaimer : diffusion des pratiques développées et des projets initiés à Mouans-Sartoux pour prendre de l’ampleur et peser sur le système alimentaire dominant. Cela passe par l’organisation régulière de conférences, ateliers et débats comme le lancement en 2018 d’un club européen « Territoires et Alimentation Bio »

BIO

De formation ingénieure agronome, Isabelle DELANNOY s'est spécialisée depuis 20 ans dans le développement durable. Nourrie par ses recherches et par la fertilité de son réseau, elle apporte une vision : celle d’un monde où la technologie est mise au service de l’intelligence du vivant, et où l’homme peut être le co-constructeur des équilibres planétaires. C’est l’économie symbiotique : un modèle économique régénératif pour les écosystèmes, l’économie et la société humaine qu'elle décrit dans son livre L'économie symbiotique en 2017. Elle a également été co-scénariste du film Home, réalisé par Yann Arthus-Bertrand.

copyleft 2020 par CQFD - Ce Qu'il Faut Développer.

Incubé-Infusé à l'Institut des Futurs souhaitables

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