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Création et adoption
de nouveaux indicateurs de richesse

Yannick Roudaut

Le Produit Intérieur Brut (PIB) a été conceptualisé en 1934 et utilisé à partir de 1945. Depuis 75 ans, c’est un euphémisme de dire que le visage de l'économie a changé, tout comme c’est le cas de l'écologie depuis le rapport du Club de Rome en 1970.

 

Le PIB mesure les richesses financières d'un pays, de ses entreprises mais ne prend jamais en compte les externalités négatives, collatérales à nos activités humaines et économiques. Bob Kennedy le disait déjà dans son discours du 18 mars 1968 : « Le PIB mesure tout sauf ce qui fait que la vie mérite d'être vécue ». Il ne mesure rien de ce qui a un intérêt vital pour l'être humain comme la qualité de l'éducation, le bien-être d’une population, son sentiment d'être heureux dans la vie, l'espérance de vie, la santé, l'accès aux soins, l'équité salariale, etc. Et, par-dessus tout, il n'est absolument pas adapté aux enjeux actuels de la société face au réchauffement climatique et la crise écologique. En 2020, le PIB va s'effondrer parce qu'on n'aura pas consommé les énergies fossiles dans les mesures habituelles et attendues, ni tous les biens de consommation inutiles qui y sont liés. Mais d’un autre côté, les émissions de CO2 ont baissé de 9% en France durant le confinement, et il y aura probablement moins de morts liés aux problèmes environnementaux (environ 11 000 personnes qui ne seront pas mortes de la pollution atmosphérique en Europe sur 1 mois). Tous les chiffres sont disponibles, il faudrait créer un indicateur global ou s'appuyer sur les différents indicateurs qui existent déjà pour pouvoir donner un sens à toutes ces données interconnectées. 

 

Depuis des années, les gouvernements se succèdent et de nouveaux indices sont créés, mais malgré tous les rapports publiés et les efforts fournis, ils ne sont toujours pas pris en compte.

  • En 2009, le rapport de Joseph Stiglitz remis au président Sarkozy sur la mesure de la richesse nationale préconisait de mesurer le bien-être et de compléter le PIB mais il est resté sans suite.

  • En 2018 encore, un rapport du gouvernement sur les nouveaux indicateurs de richesse a été publié, et l'INSEE, censé les calculer devrait participer à leur démocratisation. 

  • Différents indicateurs existent aux quatre coins du globe : le Bonheur National Brut (utilisé par le Bhoutan), le Better Life Index mis au point par l’OCDE, la Mesure du Progrès de l’Australie ou le National Well-Being du Royaume Uni.

  • L'indicateur de l'ONU, l'IDH (l'indice de développement humain) tient compte de l'éducation, de l'espérance de vie, l'accès à la santé, aux soins mais il reste anecdotique, il n'est pas arrivé dans notre quotidien. 

  • un indicateur mesurant nos impacts sur l’environnement serait également utile. 

 

Or si l’on prend le temps d’observer le classement mondial des puissances actuelles sous l'angle de l'IDH par rapport à celui du PIB, le constat est éloquent : 

 

 

 

Malheureusement, tous ces indicateurs n’ont pas réussi à éveiller l’intérêt et encore moins à s’imposer dans le lexique et les réflexes de l’évaluation des richesses d’un Etat, ni du côté des personnalités politiques, ni auprès des médias qui continuent de se référer immuablement au seul PIB. Ils ont été créés dans une démarche pédagogique et/ou politique, mais pas un seul n’a réussi à franchir l'étape suivante. 

 

Hormis la Norvège qui est premier pays dans le classement de l'IDH, aucun pays n'a d’ailleurs revendiqué la place internationale de son indice et on peut facilement imaginer qu’un changement d’indicateur n’arrangerait pas les nations puissantes qui perdraient au change.

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Le PIB, un indicateur qui « mesure tout sauf ce qui fait que la vie mérite d'être vécue »

Yannick Roudaut

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MON IDEE

Il est temps de de demander aux économistes de créer un nouvel indice à partir des indicateurs de l'ONU, et complétant le PIB par une double mesure :

- celle des impacts environnementaux : ressources non renouvelables consommées, impact de la déforestation, qualité de l’air, etc.

- celle de l'accès aux soins, à l'éducation, et au bien-être.

En parallèle, la comptabilité des entreprises sera repensée, devenant « triple comptabilité », c’est-à-dire prenant en compte les aspects environnementaux, humains et financiers. 

Cette triple comptabilité permettrait de mettre en évidence que des entreprises sont souvent largement déficitaires en termes d'impacts environnementaux malgré des performances financières élevées. Se retrouvant en bas de classement, elles auraient alors obligation de faire des provisions pour impacts environnementaux, voire des provisions pour impacts sur les aspects humains comme la santé. 

Cette comptabilité universelle nous mènerait ainsi à une vision plus large et plus valorisante des entreprises, et deviendrait un véritable levier de la transformation de la société humaine. 

 

La force du PIB réside dans le fait qu'il est universel. 

Au G20 ou à l'ONU de s'emparer d'un nouvel indice qui soit commun à tous les pays !

Bien sûr, certains pays comme la Chine ou les USA ne seraient probablement pas d'accord pour mesurer l'écart de richesses ou l'accès aux soins de leur pays. Face à l’hégémonie américaine sur le plan de la finance mondiale comme sur les normes comptables internationales, aujourd’hui contraints de suivre le mouvement, nous pourrions faire bloc en Europe et nous désolidariser des USA. 

La France peut adopter de nouveaux indicateurs en parallèle du PIB et les publier systématiquement. Servir ainsi de modèle pour montrer que cela fait déjà sens pour respecter les accords de Paris, en calculant notre empreinte environnementale au-delà du calcul des émissions de CO2 par exemple.

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QUI EST CONCERNE ?

Sont concernés tous les habitants et les entreprises des pays utilisant ces indicateurs, mais aussi et surtout les médias et les politiques qui se font le relais le plus fréquent de ces indicateurs.

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COMMENT CA FONCTIONNE ?

1.  Solliciter la classe politique, les économistes, les universités en économie et finance, L’INSEE.

Faire en sorte que les étudiants s'intéressent naturellement et d'eux-mêmes aux indicateurs alternatifs pour que le jour où ils entrent en fonction, ils puissent développer l'idée avec les moyens qui leur sont donnés. Promouvoir les travaux sur la définition d’un nouvel indice en s’appuyant sur les nombreuses études préliminaires déjà entreprises.

2.  Procéder à un fort lobbying : auprès du gouvernement Français et de l'UE dans un premier temps puis simultanément, auprès de l'ONU et des USA, et enfin des différentes instances financières internationales que sont le FMI, la BRI, la BCE, la Banque mondiale...

3.  Sensibiliser la presse internationale et challenger les grands médias : pourquoi ne publiez-vous pas l'impact réel de la crise du Covid ? Quelles seraient les conséquences concrètes d’une crise comme celle-ci si l’on considérait l'IDH par exemple ? Idéalement, dans les prochaines semaines cette question devrait devenir un vrai sujet journalistique, un angle de traitement de l’information.

4.  Prôner la triple comptabilité des entreprises : faire du lobbying dans la profession auprès de l'Ordre des experts comptables (France, Europe, USA). Il est nécessaire que des gens compétents dans la profession s'emparent du dossier et exige de l'Ordre qu’il pousse les recherches et les incitations dans cette voie. Il y a un travail de fond à amorcer pour définir un nouvel indice et de nouvelles normes comptables mais il est possible de s’appuyer sur les nombreux travaux et outils pré-existants sur le sujet. L’Ordre des experts comptable pourra ensuite communiquer auprès de tous les cabinets de France et du monde pour lancer une expérimentation concrète, de manière informative et pas forcément contraignante. Cela permettra de voir quels sont les travers dans lesquels on peut tomber au vu de sa complexité et identifier les améliorations à apporter d'ici 2025/2030.

TIMING : 

Il paraît réaliste de donner 5 à 10 ans pour se donner la possibilité de compléter, d'améliorer, de pondérer le PIB avec différents paramètres et de l'ajuster au fil des tests (le PIB élaboré en 1934 n’a été mis en place que 11 ans plus tard, en 1945).

BIO

Spécialiste des marchés financiers pendant 15 ans (journaliste à BFM, Bloomberg TV, Le Figaro, Le Journal des Finances, Investir…), Yannick ROUDAUT est éditeur- conférencier décloisonneur intellectuel. Il a pris un virage intellectuel et professionnel en pleine crise des subprimes de 2007, prenant conscience de « l’insoutenabilité » de notre monde. Il consacre désormais son énergie à la recherche d’un modèle de société soutenable. Il réconcilie les questions économiques, philosophiques et sociétales grâce à une approche complexe des enjeux actuels et sensibilise divers publics à la nécessité d'envisager l’avenir sous le prisme Économie-Écologie-Social. Chroniqueur au journal Le Monde, il co-dirige également les éditions La Mer Salée.

LES RAISONS D'Y CROIRE

Au début des années 2000, un changement de norme de comptabilité s’est opéré au niveau mondial pour harmoniser les comptabilités nationales et pouvoir comparer les entreprises cotées avec un même référentiel (IFRS, norme internationale). Pendant environ 3 ans, les entreprises cotées ont présenté une double comptabilité, avant d'abandonner définitivement la version française. L'IFRS a été fixé par l'Instance internationale arrêtant les règles comptables afin que les analystes financiers puissent comparer toutes les entreprises cotées entre elles, quelle que soit leur nationalité. Malgré la contrainte et la complexité, tout le monde s'est exécuté et ce changement de normes a très bien fonctionné. Il a néanmoins été préparé pendant de nombreuses années avant sa mise en application.

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